Critique des fondements de la psychologie et la psychanalyse sociale



©Léonard de Vinci



Membre - Ateliers Pratiques de Psychanalyse Sociale Stage de recherche en Laboratoire Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société - Université Paris Diderot 7 Étudiant en doctorat en Psychologie et Société pour la « Universidade Estadual Paulista « Júlio de Mesquita Filho » - Faculdade de Ciências e Letras – Câmpus de Assis



PRESENTATION Nous avons l'intention de présenter le livre : « Critique des fondements de la psychologie » (POLITZER, G. Critique des fondements de la psychologie. Paris : Presses Universitaires de France : 1994). Politzer a divisé son ouvrage en 7 parties : introduction, les cinq chapitres et conclusion. Nous allons présenter quelques articulations théoriques, d'après ce que j'ai compris, avec la Psychanalyse Sociale. Il est clair que Politzer présente dans ce texte de précieuses contributions critiques à la psychologie de son temps et de réelles propositions pour la psychanalyse, influencée par cette même psychologie. Politzer par son œuvre a influencé de nombreux penseurs, aujourd'hui bien connus : Michel Foucault, Merleau-Ponty et Jacques Lacan. Nous maintenons que les théories de Politzer nous servent toujours, par exemple pour critiquer concrètement une certaine psychologie et une certaine psychanalyse dont l’ éthique tend à prendre le sujet comme un objet-chose. Politzer différencie la psychologie abstraite de la psychanalyse et la psychanalyse - quand dans ses théories elle est abstraite - de la psychologie concrète. Au cours du livre, deux distinctions sont travaillées : il y a d’une part une distinction entre la psychologie classique et la psychanalyse en tant que découverte freudienne significative, et il y a d’autre part une distinction faite entre la psychanalyse affectée par la psychologie abstraite et la psychologie concrète. Cette dernière distinction expose les contradictions qui sont inhérentes à la psychanalyse en tant que théorie et pratique. Dans son livre, Politzer utilise la Psychanalyse comme une découverte de Freud et une orientation pour une psychologie concrète. Nous comprenons que tout au long de ce travail, Politzer cherche à mettre en évidence un potentiel révolutionnaire possible à trouver dans la Psychanalyse et, en même temps, lorsque dans ses théorisations le caractère abstrait et donc réactionnaire de cette même psychanalyse prévaut, il considère que la psychanalyse n’abandonne pas les influences de la psychologie classique. Dans cet exposé, très succinctement nous aborderons le problème central de chaque chapitre du livre et, nous dirons brièvement quelles seraient ses contributions à la Psychanalyse Sociale. « Introduction » Avec Politzer, nous soulignons que la Psychanalyse est une praxis, différente de la psychologie classique et d'autres disciplines, qui prend en compte ce qui est le plus unique dans la vie humaine : permettre au sujet de parler de son expérience et pouvoir expérimenter et reconnaître les sens qui lui sont inhérents. Cependant, la psychanalyse, dans sa façon de théoriser la pratique, a un côté spéculatif et s'intéresse davantage à la résolution de problèmes qui ne sont pas vraiment fondamentaux. Nous comprenons qu'il existe à cet égard une critique pour Freud et ses disciples, notamment en ce qui concerne la posture herméneutique et élogieuse du psychanalyste par rapport au contenu qui amène le sujet à l'analyse. « Chapitre I - Les découvertes psychologiques dans la psychanalyse et l’orientation vers le concret » Dans le premier chapitre, la psychanalyse est marquée comme une découverte qui redonne au sujet et à son expérience le caractère d'un fait psychologique raconté à la première personne. La psychologie, en revanche, par les abstractions qu'elle fait de la vie quotidienne, élimine le sujet et inverse les faits psychologiques à rapporter à la troisième personne. Freud aurait été le créateur de la psychologie concrète pour avoir postulé un désir effectif, déterminé par une raison réelle. La théorie freudienne des rêves est la preuve qui relate la réalisation des désirs, d'où le sujet assure dans le rêve l'accomplissement de ces désirs, en continuité avec la personne du « je ». « Chapitre II - L’instropection classique et la méthode psychanalytique » Politzer, dans le deuxième chapitre, souligne que la méthode psychanalytique se distancie de l'introspection psychologique classique en partant du sujet à la première personne et toujours de ce qu'elle considère comme la vérité dans ses propos, sans l'influence d'un observateur extérieur qui sélectionnerait les enquêtes à mener. En bref, la méthode psychanalytique est la méthode d'une psychologie concrète, antagoniste de la psychologie abstraite. « Chapitre III - La charpente théorique de la psychanalyse et les survivances de l’abstraction » Le troisième chapitre nous présente une analyse intéressante, critique et honnête des limites de la psychanalyse. Selon Politzer, c'est avec Freud que pour la première fois la psychologie quitte les lieux communs. Cependant, dans la structure théorique de la psychanalyse, il existe un antagonisme entre la psychologie abstraite et la psychologie concrète. Les constructions théoriques de la Psychanalyse sont incompatibles avec elle-même. Selon Politzer (1994, p. 111): « En effet, tout se passe comme si Freud voulait, par ses explications, refaire en sens inverse le chemin que l’inspiration concrète de la psychanalyse lui a fait parcourir, et il veut, en quelque sorte, se faire pardonner ses découvertes concrètes en en donnant une explication dans le goût de la psychologie classique. L’antagonisme fondamental entre les deux formes de la psychologie se retrouve alors au sein de la psychanalyse elle-même, qui apparaît ainsi comme déchirée entre la psychologie ancienne et la psychologie nouvelle ». « Chapitre IV - l’hypothèse de l’inconscient et la psychologie concrète » Nous trouvons dans ce chapitre des extraits qui démontrent, à notre avis, ce qui peut être des influences claires de Politzer à la Psychanalyse de Lacan et à la Psychanalyse Sociale d'Hubert. En ce qui concerne Lacan, nous avons vu les locutions « phénomènes inconscients » et « savoir inconscient », termes très utilisés par Lacan tout au long de son enseignement. Quant à la Psychanalyse Sociale d'Hubert, on note une appréhension de la conception de l’inconscient comme déconnectée de ses héritages métaphysiques ou transcendantaux. De la même manière, Hubert propose la notion d’inconscient du faire, ainsi que le transfert social et le transfert de valeurs. Politzer suggère de prendre en compte l'inconscient comme preuve, puisque, l'inconscient comme hypothèse, comme contenu latent au-delà du contenu manifeste, est remis en question comme étant un concept tributaire de la psychologie abstraite. L'inconscient comme preuve pour la psychologie concrète est pris dans une perspective dynamique : l'inconscient dynamique. Dans une possible critique de la Psychanalyse de Freud, nous interprétons à partir du texte de Politzer, que la notion d’inconscient est annulée par la psychanalyse guidée par la psychologie classique, dans la mesure où l’objectif est toujours de transformer un contenu latent en contenu manifeste, en prétendant dire pour le sujet, plus qu'il ne voulait dire pour lui-même. Cependant, il reste pour Politzer que la principale inspiration de la psychanalyse est son orientation concrète. « Chapitre V - La dualité de l’abstrait et du concret dans la psychanalyse et le problème de la psychologie concrète » Selon Politzer, dans le cinquième chapitre, la Psychanalyse est concrète dans ses découvertes, dans l'instant où elle donne de l'importance au drame humain et considère qu'il y a un sens dans les propos du sujet, elle est interprétative et non hypothétique dans cette compréhension. Le problème est que Freud, étant abstrait dans ses théories, finit par se tourner vers l'abstraction dans sa façon technique d'aborder l'inconscient. A la différence, chez Politzer, la psychologie concrète représentera les actes humains. La psychologie concrète conçoit une méthode qu’elle est apte précisément à analyser, et, conformément à ses propres exigences, à analyser le drame humain dont elle fait le domaine par excellence de la psychologie. C’est une psychologie qui représente déjà des actes humains.

« Conclusions - Les vertus de la psychologie concrète et les problèmes qu’elle pose » Nous commençons les conclusions du livre de Politzer (1994, p. 240) par la citation suivante : « Il se trouve cependant que cette psychologie concrète, issue de la psychanalyse, doit commencer par se retourner contre cette dernière et servir de principe à une critique interne : nous avons dû, en effet, constater chez Freud, surtout au moment de l’élaboration théorique des faits, un franc retour à l’abstraction ». C’est-à-dire que les erreurs freudiennes représenteraient une étape nécessaire dans le développement de la psychologie concrète. Pour Politzer, la psychologie concrète est une synthèse entre la psychologie subjective et la psychologie objective. Les contributions de Politzer a la Psychanalyse Sociale Nous avons répertorié au moins trois textes de M. Hubert qui font référence à Politzer, s'appropriant les avancées théoriques de ce dernier pour la Psychanalyse Sociale: « Psychanalyse concrète » (http://www.apps-psychanalyse-sociale.com/single-post/2019/11/07/PSYCHANALYSE-CONCR%C3%88TE); « Entre aporte y aporía de la crítica marxista : retorno a la crítica de Georges Politzer hecha al psicoanálisis. Perspectivas actuales [Entre l’aporte et l’aporie de la critique marxiste : un retour à la critique de la psychanalyse par Georges Politzer. Perspectives actuelles] » (http://www.apps-psychanalyse-sociale.com/single-post/2019/10/11/Entre-aporte-y-apor%C3%ADa-de-la-cr%C3%ADtica-marxista-retorno-a-la-cr%C3%ADtica-de-Georges-Politzer-hecha-al-psicoan%C3%A1lisis-Perspectivas-actuales) ; « Penser le defaut de civilisation capitaliste aujourd'hui avec Georges Politzer » (http://www.apps-psychanalyse-sociale.com/single-post/2018/06/29/PENSER-LE-DEFAUT-DE-CIVILISATION-CAPITALISTE-AUJOURDHUI-AVEC-GEORGES-POLITZER). Dans ce contexte, nous plaçons trois idées centrales de ces articles, qui sont précieux pour notre praxis révolutionnaire: 1) Le premier élément de toute pratique psychanalytique concrète est l'analyse concrète des relations sociales, ainsi que le privilège de la contradiction vivante à toute réalité vivante; 2) Sauver et profiter du potentiel subversif et révolutionnaire de la psychanalyse pour intensifier les relations sociales, implique de reconnaître que le primordial de la vie humaine est la relation sociale, et donc que le transfert est une relation sociale; 3) La perspective que Marx développe pour l'analyse des relations sociales est essentielle pour une pratique psychanalytique véritablement émancipatrice. Ainsi, selon Hubert, la Psychanalyse est une pratique sociale, elle existe comme un outil révolutionnaire, puisque le transfert, le social et la Psychanalyse sont une relation sociale en rapport avec la production. Il faut de ne pas dissocier la Psychanalyse de la conjoncture sociale et économique de son époque, mais de la considérer comme un type de mode de production de la vie matérielle par opposition au mode de production du capital. Problèmes et limites de la psychanalyse classique En 1974, dans « La troisième », selon Lacan, le prolétaire est le symptôme social, chaque individu est réellement un prolétaire (« La Troisième », Conférence au 7e Congrès de l’École freudienne de Paris à Rome, Lettres de l’École freudienne, n°16, Paris, 1975, pp. 177-203.). On cite Hubert : « Un psychanalyste qui s’est inspiré de Georges Politzer, le nommé Jacques Lacan, en a tiré les conséquences. Il met Karl Marx comme responsable de l’invention du symptôme, avant Freud, mais aussi inventeur du fétichisme dans son rapport à la mystification, précurseur du stade du miroir, inventeur de la théorie révolutionnaire de la plus-value sur laquelle Lacan bâtira son concept de plus-de-jouir » (« Penser le défaut de civilisation capitaliste aujourd'hui avec Georges Politzer »). Nous nous demandons et nous vous demandons: malgré les nombreuses positions révolutionnaires présentes dans l'œuvre de Freud et l'enseignement de Lacan, la psychanalyse n’atteindra-t- elle pas pas ses limites, car sa pratique, pour l'essentiel, est encore influencé par les idées bourgeoises et individualistes, destiné principalement à une élite financièrement riche? Psychanalyse Sociale Hubert propose la Psychanalyse Sociale comme un instrument révolutionnaire d'écoute et d'intensification de la réalité sociale à d'autres degrés de détermination contradictoire que celui du capital, visant un positionnement subversif aux modes de vie hégémoniques et à la subjectivité de la réalité capitaliste. Nous avons opté pour le texte important de M. Hubert: « Ce que « le capital » apporte a la Psychanalyse Sociale » (http://www.apps-psychanalyse-sociale.com/single-post/2018/11/19/Ce-que-%C2%AB-Le-Capital-%C2%BB-apporte-%C3%A0-la-psychanalyse-sociale) . Pour moi, c'est un texte clé pour comprendre la Psychanalyse Sociale et la façon dont elle est abordée au sein des formations sociales. La Psychanalyse Sociale est radicalement différente de la psychanalyse classique dans la mesure où elle a le social comme premier objet et considère le sujet comme un être social. C'est l'apport fondamental fourni par Marx (MARX, K. Préface de la contribution à la critique de l’économie politique): l'être humain est un être social et, contrairement aux pratiques individualistes, il s’agit de comprendre que c'est l'être social qui produit la conscience et non la conscience qui produit l'être social. On cite une fois de plus Hubert, « Les perspectives d’émancipation sociale sont grandes avec la psychanalyse sociale, qui bâtit un nouveau rapport anthropologique au meurtre et qui contre le concept d’aliénation mentale déclare : « Il n’y a pas de maladie mentale mais une souffrance du social dans le mental » » (« Ce que « le capital » apporte a la Psychanalyse Sociale »). En conclusion, nous présentons quelques réflexions: un travail d'analyse, sous forme de transfert social, vise à créer les conditions pour que le sujet puisse se rendre compte de ses valeurs d'usage, de désir et de sociabilité, qui sont aliénées et étrangères dans leurs relations, bien sûr, sociales. Par conséquent, une transformation de la vie sociale est nécessaire, un changement dans la logique du rapport à l'objet, fondamentalement soumis à la consommation, aux relations, aux choses. Alors, quelles seraient les valeurs à remettre en question par le sujet dans un travail de Psychanalyse Sociale ? Quelle serait la fin d'une analyse du point de vue de la Psychanalyse Sociale ? Le travail d'une Psychanalyse Sociale viserait-il à rendre possible pour le sujet une sorte de conscience de classe, un sujet qui proteste contre la formation sociale dominante et capitaliste ? Pour nous, évidemment, ce sont des questions qui ne sont pas sans réponse.


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