Le primat du transfert



La formation « Se former pour devenir psychanalyste social » organisée par les Ateliers Pratiques de Psychanalyse Sociale ( APPS ) clôt sa première partie en cette fin d’année. La formation se déroule dans la chronologie suivante : travail sur la question du transfert puis celle de l’inconscient et enfin celle du « faire » et donc de l’acte psychanalytique. L’orientation de l’APPS se raccorde à la psychanalyse dans le sens où elle relie la pratique de transfert à l’inconscient. Ce lien entre pratique de transfert et inconscient est peut être le point commun entre toutes les orientations psychanalytiques existantes. Les différences naissent des variations conceptuelles concernant le transfert et l’inconscient d’une part, leur articulation pratique et théorique d’autre part. Les Ateliers Pratiques de Psychanalyse Sociale partent d’une autre base que celle de la psychanalyse classique, freudienne, lacanienne ou autre. Elle part du rapport à la vie sociale. Le transfert est - y compris dans l’analyse individuelle sur le divan ou en face à face - transfert social, quant à l’inconscient, il est l’inconscient du faire, l’insu du faire. Cette première période de formation qui débute donc par le transfert a été évoquée dans deux articles précédents publiés sur ce blog : « Psychanalyse concrète » et « Recommencer par le commencement…A partir d’une autre base » J’insiste ici sur un point essentiel : il y a en pratique et en théorie dans l’orientation que nous mettons en avant pour cette psychanalyse nouvelle, un primat du transfert. Ce primat du transfert signe le primat de la vie et de ses conditions historiques et sociales. Cela n’est pas pareil d’analyser le transfert en considérant que la vie sociale d’une personne est transférentielle que d’analyser en considérant qu’un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant. Cela est un point fondamental et Georges Politzer souligne déjà en 1928 à l’âge de 25 ans dans sa formidable Critique des fondements de la Psychologie : « Il est incontestable que la charpente théorique de la psychanalyse soit remplie d’éléments empruntés à la vielle psychologie de la Vorstellung ». Cette Vorstellung soit donc la représentation qui est le point architectural freudien dont Lacan n’a pu se débarrasser y compris dans son raccordement à partir de 1971 à ce qu’il a défini de façon obscure : la jouissance. Il n’est pas pareil d’analyser en considérant le mental d’une personne comme réalité psychique faite de représentations psychiques que d’analyser en pensant qu’il y a un transfert des questions sociales dans le mental d’une personne. Cela est important car la question de la représentation psychique a pour corollaire une position de savoir dominant et transcendantal dans la relation transférentielle. Il y a insidieusement mise en place d’un savoir transcendantal sur l’autre. Cela se conjoint avec le concept de structure. Les structures névrose, psychose et perversion en place chez Freud persistent chez Lacan malgré sa tentative du sinthome en 1976. Cette tentative garde via le concept de suppléance, la référence de la psychose, maladie mentale bien connue inventée par le baron viennois hygiéniste Von Feuchtersleben en 1845, reprise par le psychiatre aliéniste allemand Emil Kraepelin au XIXème siècle puis par Freud. La psychanalyse classique repose toujours sur cette conception des plus aliénantes et même si elle se déguise parfois avec les termes nouveaux de suppléance, psychose ordinaire ou encore de «désabonné de l’inconscient ». Nous avons fait à l’APPS un saut via le transfert social pour sortir de ces repères « has-been » qui enferment toujours les personnes dans la psychopathologie structurale. La structure RSI -Réel, Symbolique et Imaginaire - reste dominée en arrière plan par le structuralisme de Levi-Strauss qui rabat le secret de la vie sociale à une illusion idéologique distanciée de l’action ainsi qu’il l’exprime dans ses deux ouvrages « La Pensée sauvage » et dans « l’Anthropologie structurale ». Donner dans ce contexte le primat au transfert fait éclater toute référence à la structure. Elle permet également de ne pas tomber dans le primat du symptôme, primat largement partagé dans tous les courants psychanalytiques, qui s’acoquine si facilement à la structure et à l’existence de maladies mentales. Il va de soi que ce transfert, toujours social, n’a pas pour base fondamentale, l’amour ou la haine ou encore la mystification oedipienne, qui ne mènent dans le travail individuel ou collectif qu’à de dangereuses impasses et à des aliénations multiples. Notre base fondamentale est celle du rapport à l’autre dans sa conjugaison au meurtre social.

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