Pertinences et impertinences de la psychanalyse sociale

January 14, 2020

 

Le fondement de la psychanalyse sociale part de la base concrète des êtres humains : les êtres humains sont des êtres sociaux. Le plus important à considérer en psychanalyse sociale est bien le monde réel que vivent les personnes et d’en faire le primat de la pratique.
Cela se sépare donc d’une base qui part d’un texte préalable et de son interprétation souvent religieuse, religion d’un texte.
La pertinence de la psychanalyse sociale en partant de cette base sociale est de se séparer de la théologie philosophique.
En effet la référence de base pour analyser la vie sociale passe obligatoirement par l’outil Marx, et cela nous écarte d’un transfert religieux pour différentes raisons. La principale est que si Marx peut être qualifié de précurseur d’outils essentiels à la psychanalyse contemporaine, il n’était pas psychanalyste. Dès lors un transfert vers « Marx psychanalyste » ne peut fonctionner et faire religion pour des psychanalystes, alors que le transfert religieux est une évidence pour Freud et Lacan par exemple. Dans le cadre du marxisme la perspective est différente bien sûr, même si le transfert religieux est nettement atténué par la fonction universelle des théories de Marx, alors que pour la psychanalyse classique, dont le fondement est de l’ordre de la secte, la religion fait florès.
Cette pertinence d’un transfert non religieux est indispensable pour aller vers un véritable travail concernant l’aliénation individuelle et collective et la liberté.
Ce point rejoint directement celui de la pertinence du matérialisme historique. Il est frappant de voir comment le débat qui se tisse entre neuro-science et psychanalyse par exemple est souvent déplacé vers débat entre idéalisme et matérialisme : la psychanalyse serait du côté de l’idéalisme et les neuro-sciences du côté du matérialisme via le cerveau. Cette base de réflexion est caduque et l’orientation de la psychanalyse sociale offre une autre analyse digne du XXIème siècle. Certes Lacan avait parlé du motérialisme historique mais ce jeu de mots n’a pas donné lieu à développement et la  pensée lacanienne reste enkystée dans un triptyque : le symbolique réactionnaire de Levi-Strauss, la représentation signifiante dans une structure transcendantale pré-établie et la propriété privée de la lettre chère au dit-parlêtre.
Le matérialisme historique que j’ai découvert dans ma pratique a permis la création du concept de transfert de valeurs : valeurs des mots, valeurs des images, valeur des sensations corporelles, et cela s’est établi peu à peu dans mes rencontres avec les personnes transidentitaires plus spécialement. Ce transfert de valeurs met en évidence un concret qui échappe à toute catégorisation et a cet avantage de proposer des outils d’intelligibilité à la discussion en mettant l’accent sur le concept de valeur notamment dans l’attribution des genres,  concept de valeur qui permet le partage de savoir entre tous sans discrimination.
Enoncer que le fondement de la psychanalyse sociale part de la base concrète des êtres humains peut paraître simple, trop simple, et pourtant sous cette apparence, une complexité du concret est à l’oeuvre. Il s’agit d’une autre pertinence : celle de la logique des contradictions, des poussées contraires. Si cela a été signalé par Freud nous pensons que la logique du transfert social dans le collectif donne une autre signification permettant de sortir du concept d’inconscient des profondeurs ou d’inconscient structuré. La pertinence d’introduire le primat du transfert du social dans le mental,   de se soucier de ce qui  se socie entre le champ de la production et celui de l’échange permet d’aller vers la définition de l’inconscient du faire.
Cela donne voie à cesser d’avoir pour référence la psychopathologie et les maladies mentales du XIXème siècle, psychose, névrose, perversion et leurs différentes catégorisations. Avoir comme repérage le discours de l’hystérique ou celui du maître, la structure hystérique ou psychotique, reste un abord coupé des faits psychiques placés dans leur histoire. L’aphorisme de la psychanalyse sociale « Il n’y a pas de maladie mentale mais une problématique du social dans le mental » implique une pertinence qui répond aux besoins actuels, ceux de la réalité historique actuelle.
Prendre cette orientation nous permettra de répondre aux préoccupations des personnes qui souffrent dans leur mental. Elle permettra également aux personnes qui se rendent compte de l’écart  grandissant qui existe entre leurs pratiques et les référence théoriques abstraites qui au final sont essentiellement philosophiques.
Georges Politzer le formulait ainsi « Freud a été amené, en fait, à employer quelques formules générales passe-partout et à négliger l’homme concret dans sa réalité historique ».
Marx dans sa "Contribution à la critique de l'économie politique - Introduction aux Grundisse ( dits de 1857 ) » indique :
"La production de l'individu singulier singularisé en dehors de la société (...) est une chose tout aussi absurde que le serait le développement du langage sans les individus vivant ensemble et parlant ensemble"
La pertinence de la psychanalyse sociale est certainement cette prise en considération première du vivre ensemble et du parler ensemble.
 

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