20.09.2019

Les écrits de Marx sur la psychologie pourraient être qualifiés de rares et méconnus. Pour autant dans toute son oeuvre, il retourne ou renverse la base d’analyse des rapports sociaux, des rapports entre humains et à ce titre, il permet d’ouvrir une autre base pour une analyse psychologique, ou depuis l’apport de Freud,  pour la psychanalyse.

​Le point fondamental est que Marx renverse le rapport entre ce qu’il appelle « la vie » et « la conscience » et cela intéresse donc à plus d’un titre les psys. Ainsi, il renverse le postulat qui faisait croire aux hommes que la conscience déterminait la vie. Cet énoncé pourrait rencontrer le point de vue psychanalytique : la conscience ne détermine pas la vie.
Cependant si nous évoquons les idées et non la conscience dans le rapport à la déterminati...

28.04.2019

©Jackson Pollock

Cet énoncé intimement personnel résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel serein de la santé mentale. En tant que psychiatre, psychanalyste, ancien chef de secteur des hôpitaux psychiatriques, cette sentence pourrait être jugée paradoxale voire antagoniste sinon provocatrice ou idiote. Je renchéris en disant que c’est au contraire le principe abstrait de maladie mentale qui détonne aujourd’hui comme hier dans des contextes historiques et économiques différents parce qu’il ne répond pas aux besoins des personnes concernées par une douleur de l’esprit, une douleur  concrète vécue dans le mental. Cette affirmation pourrait être prise comme une position « antipsychiatrique ». Certes, il convient d’entendre la nécessité impérieuse de passer à des pratiques radicalement diff...

27.02.2019

Lors des rencontres de psychanalyse sociale, nous invitons un « acteur social » à venir parler, faire récit, faire réponse aux questions concernant la production de sa vie dans le social. Artiste, auteur, simple quidam ou autre Pékin-Lambda, il est invité pour témoigner de son engagement transférentiel.
En décembre dernier, Soufiane Adel, cinéaste, est venu témoigner de son histoire où les possibilités de faire et créer librement se croisent avec la domination sociale, les langages, les images pour aboutir au questions du corps, ébauche d’un rapport politique et social du corps. Ainsi est né son texte que nous publions ici.

Hervé Hubert


Le corps qui lutte

Je suis né en Algérie en 1981, dans les montagnes, à deux heures d’une petite ville, qui s’appelle Bejaia. Mon père lui est né...

25.12.2018

Il n’y a pas de maladie mentale mais un pâtir humain dans le social qui fait question dans notre mental à l’insu de ce dernier.  Telle est la maxime que je propose de mettre au travail aujourd’hui dans le monde psychiatrique, psychanalytique et plus radicalement humain.
Je pense par expérience de rencontres humaines que ce pâtir humain naît dans l’enfance la plus précoce. Même si l’infans ne parle pas il témoigne d’un pâtir et donc d’une passion. Passion vient du verbe Pati qui veut dire « souffrir ». Quel est le destin de cet infans ? Nul ne peut le savoir, car il n’y a jamais de philosophie de l’histoire.
Ce qui peut être su dans l’expérience humaine est que l’infans bouleverse la rationalisation mentale, bouleverse un ordre établi dans les rapports du couple, de la famille, de la c...

19.11.2018

Ce texte est celui de la conférence faite à l'Université Lomonosov à Moscou le 20 mai 2017 pour travailler les 150 ans du Capital.

Il a été publié le 5 mai 2018 sur le webmagazine Marximum pour les 200 ans de la naissance de Marx afin de souligner l'importance de ce dernier pour un travail psychanalytique novateur et nécessaire.

150 ans après sa publication,  je souhaite faire une proposition concernant la lecture du Capital qui pourrait apparaître dans un premier temps, insolite. Je soutiens en effet que l’oeuvre majeure de Marx est d’un apport fondamental et crucial pour la psychanalyse . En allant plus loin je soutiens que « Das Kapital » est même le point de fondation de ce que nous avons nommé « psychanalyse sociale »

La psychanalyse sociale telle que je l’ai définie...

30.09.2018

      

La langue maternelle est, pour chacun de nous, un outil qui agit non seulement à partir de l’histoire et la culture de notre pays d’origine, mais également à travers l’ensemble des affects, des émotions et des évènements vécus. Le code langagier fonctionne à partir des valeurs sociales  que nous connaissons grâce aux rapports vivants qui se fabriquent dans la société où nous vivons. C’est également une valeur qui nous permet de savoir faire avec les autres dans la société. Elle participe à ce qui nous fait tenir dans le rapport aux autres et dans ce qui fait tenir dans ce transfert, la question d’être utile ou non est primordiale. C'est ainsi que nous réalisons le transfert social, la transmission de nos valeurs au sein de la société. Cela se fait en acquéran...

05.09.2018

« Si je suis noir, ce n’est pas suite à une malédiction, mais c’est parce que, ayant tendu ma peau, j’ai pu capter tous les effluves cosmiques. Je suis véritablement une goutte de soleil sous la terre » (1), écrit Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs en 1952.

En début de cette année 2018, lorsque les films comme Lady Bird ou Le grand jeu déclenchent l’amour des masses, la jeune réalisatrice d’origine géorgienne Elena Naveriani présente au monde son premier film long-métrage.

Dans un élan transférentiel pour l’œuvre de l’écrivain post-colonial, elle emprunte à Fanon cette belle expression, et lui rend hommage à travers ce film de soixante-une minutes en noir et blanc laissant entendre une grande sensibilité aux problématiques humaines telles que violence, domination raciale et se...

14.07.2018

Au commencement était l’image qui donne signification au bruit qui résonne dans le corps.

Le regard du spectateur capte un mouvement vertical descendant de la caméra qui montre des yeux, un nez, une bouche, pour former un visage. Une voix qui dit « Mama » faisant matrice d’un message universel, fabrique d’un drame humain dans la souffrance des pleurs qui viennent du corps.

Il se montre ainsi très vite ce qui caractérise tout être humain : un nouage matériel entre les mots, les images et les sensations du corps, nouage matériel qui est au fondement de l’identité.

Le film débute ainsi et prend la forme d’un journal intime filmé devant une caméra. Cette caméra devient l’instrument qui initie aux jeux de miroirs entre Phong - divisé en deux jusque dans la signification sociale de son prénom...

Docteur Hubert, pourriez-vous exprimer quelques liens qui vous paraissent probants entre : transidentité et psychanalyse aujourd’hui en 2017. Dit autrement, en quoi la psychanalyse a-t-elle fait avancer les réflexions sur la transidentité, ou, en quoi la transidentié a-t-elle fait avancer la psychanalyse ?
 Je pense que les courants dominants psychanalytiques ont apporté sur la question transidentitaire un rejet meurtrier. Le hasard – ou ses apparences – m’ont fait rencontrer les questions portées par les personnes transidentitaires il y a plus de 20 ans. Cela était pour moi un phénomène énigmatique. Lacanien à l’époque, j’ignorais tout du dogmatisme effréné de Lacan sur cette question. Je me suis laissé enseigné en écoutant sans préjugé les premières personnes qui m’ont très bien expliqué...

29.06.2018

Article publié dans le Monde.fr le 25 août 2010

La déchéance de nationalité proposée dans le nouveau projet sécuritaire mêle implicitement les termes de déchet et de nation et donc dans le contexte de référence à l’étranger, celui de race. Ce projet législatif est fort justement critiqué au nom du principe d’égalité entre citoyens français, le mot déchéance indiquant une privation de droit.

 Il représente aussi  le symptôme du défaut de civilisation actuel. Je partirai  de Lacan qui prévoyait dès la fin des années 60, contre l’opinion commune, la montée de la ségrégation notamment raciale. Pour évoquer plus précisément la question de la civilisation, en 1967, il donne au nazisme « la valeur d’un réactif précurseur (…) de la montée d’un monde organisé sur toutes les formes de ségrégation »...

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January 30, 2020

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